Parc Naturel Régional des Monts d'Ardèche

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"Le monde des flûtes" par Jeff Barbe. Retour sur la journée à la Maison du Parc.

Publié le 22 avril 2015

Retour en images sur la 1ère journée « Artistes en herbe, tous au jardin !", sur le thème du Monde des flûtes. Dimanche 12 février 2015.


Un soleil généreux inonde le jardin du château de Rochemure, siège du Parc des Monts d’Ardèche, dans un concert printanier de grenouilles. Des planches posées en demi cercle sur des plots de bois dressés ; une marmite recevant un feu destiné à chauffer les outils de perce ; des cannes de roseau appuyées contre la clôture du pré et quelques tiges, à peine coupées de la veille, plantées artificiellement dans la terre pour donner l’illusion d’une plantation naturelle ; et au milieu de tout cet aménagement éphémère, à deux pas de la mare bruissante de vie : Jeff Barbe.

Depuis quarante ans, il est facteur d’instruments à vent, de flûtes traditionnelles et même préhistoriques à base de matériaux naturels. Planté là devant son décor, tel un sage à l’accent occitan, cet homme jovial et disert connaît tout du monde des flûtes. Artistes du plus profond de son souffle jusqu’au bout de ses doigts, il partage son savoir dans un sourire.

  • Partager son souffle

Vingt-quatre enfants et dix-neuf adultes sont venus aujourd’hui, premier dimanche de la série « Artistes en herbe, tous au jardin ! » Après un bref mot d’accueil de Nicolas Dupieux, Jeff s’empare de la parole. Il ne la lâchera plus. « Nous allons tous ensemble explorer le monde des flûtes, déclare-t-il. Pourquoi l’humain a-t-il inventé la flûte ? Pour son plaisir ? Qu’est-ce qu’une flûte ? Nous allons voir tout cela, mais d’abord répondons à cette dernière question. Ce qui donne naissance à une flûte, c’est le partage du souffle entre l’intérieur et l’extérieur d’un objet creux. Alors naît un son. »

Appuyant son propos, Jeff prend une coquille vide d’escargot, une noisette grignotée par un petit rongeur, une châtaigne, un petit morceau de roseau. Il les porte à sa bouche et en sort immédiatement un son, une multitude de sons. L’étonnement se lit sur les visages des enfants et des grands. Tous veulent essayer, timidement d’abord puis sans retenue. C’est certainement ainsi qu’est née la musique, par expérimentation, à force de souffler dans n’importe quoi. « La première flûte connue est datée de moins quarante-huit mille ans, soit douze mille ans encore avant les peintures de la grotte Chauvet, s’exclame Jeff. Aujourd’hui je saurais refaire une flûte en ivoire de mammouth âgée de moins trente-huit mille ans avec juste un éclat de silex, mais à cette époque c’était extraordinaire de faire cela. »

  • Le roseau à musique

À l’aide d’une poignée de copeaux de bois et de deux pommes de pin, notre artiste allume le feu dans le chaudron. En attendant les premières braises, il parle du matériau creux universel que nous offre la nature : le roseau. Plante cousine du blé et du chiendent, le roseau existe depuis six mille ans au sud de la France. C’est une bénédiction de la nature selon Jeff. En quelques coups de scie et de couteau, il façonne un premier tuyau d’une flûte de pan. Ensuite chacun s’essaye à ce travail. Des sons à différentes hauteurs s’élèvent dans la fumée du feu naissant, comme si l’on se trouvait autour d’un grand brasier à l’entrée d’une caverne. D’un simple appel Jeff fait taire les roseaux, mais pas les grenouilles.

  • De la flûte de pan à la kena

Il narre avec passion que c’est d’une expérimentation telle que celle que nous venons de vivre qu’il est devenu ce qu’il est. « Je coupais des roseaux sur le bord d’une route et je m’amusais à souffler dedans. J’en ai pris plusieurs que j’ai attachés ensemble et ainsi j’ai créé ma première flûte de pan. Intarissable, il enchaîne sur la légende de la création de la flûte de pan par le dieu Pan, amoureux de la nymphe Syrinx (voir un bon livre sur la mythologie grecque car ce n’est pas le propos ici !). Certains d’entre nous ont coupé le roseau sans laisser le nœud à son extrémité et ont entre les mains un tuyau ouvert. Il est inutilisable pour la flûte de pan, mais cela est sans importance car aussitôt Jeff nous apprend à en faire une flûte droite en soufflant sur le côté. « Ces deux principes sonores furent expérimentés par les hommes préhistoriques, sourit-il. Aujourd’hui pour accorder une flûte de pan, soit je recoupe les tuyaux petit à petit, soit je glisse au fond du tuyau de la cire pour raccourcir le chemin du souffle. »

Le temps passe vite entre les mains expertes de Jeff. Mais avant le déjeuner sur l’herbe, il nous propose de fabriquer le principe sonore de la kena (flûte andine), c’est-à-dire une petite encoche sur le haut du tuyau. Les mains de chaque enfant dans celles de Jeff pour tenir le roseau et l’outil brûlant, chauffé au feu de la marmite, et voilà qu’apparaît l’encoche noircie. Tout de suite après, les premiers sons, mais rien n’arrive à clouer le bec aux grenouilles de la mare.

  • Fabrication d'un fifre... accordé

Après le déjeuner, l’heure de la création d’un fifre est venue. Auparavant, petit déménagement du décor sous le grand cèdre car jouir de l’ombre devient indispensable en ce début d’après-midi. Tous à nouveau assis en demi cercle autour de Jeff, notre artiste aborde maintenant le troisième grand principe sonore définissant la flûte. Pour l’illustrer, il narre avec passion la chasse imagée d’un renne par une meute de loups. Ces derniers en mordant les pattes de l’animal ont laissé des trous dans les os des phalanges. Les hommes préhistoriques ont récolté ces os percés et ont soufflé dedans. Ils ont ainsi créé les premiers sifflets de l’humanité, aujourd’hui retrouvés dans les grottes. Cela a permis beaucoup plus tard, la naissance de la flûte traversière et autre fifre…

  • La mesure du berger

Ensuite Jeff explique comment percer le trou de l’embouchure à un doigt d’intervalle du nœud du roseau. Cette façon de repérer l’emplacement des trous se nomme la mesure du berger. Chacun s’affaire à percer ce trou à l’aide d’un outil chauffé et tout de suite de souffler pour obtenir d’une façon plus ou moins heureuse la première note. L’apprentissage est parfois long. « Maintenant nous allons parler flûte et nous allons mettre nos ébauches d’instrument au diapason, confie Jeff. » Chacun son tour s’accorde sur l’instrument de Jeff, le scie pour qu’il soit à la bonne longueur.

  • Perçage des différents trous, et accordage

Tous les fifres naissants jouent maintenant la même note, un ré. Plus le tuyau est gros, plus le son est puissant. Avec cette fondamentale en ré, nous déterminons l’emplacement du trou pour jouer un mi. Nous perçons d’un petit diamètre afin de pouvoir éventuellement agrandir le trou et accorder la note. Nous faisons ainsi de suite pour les cinq trous suivants. Imperturbable, Jeff essaye les fifres de chacun, apporte les derniers réglages, d’une main sûre et d’une oreille experte.

La journée s’achève sur quelques conseils, dans les notes des fifres qui n’arrivent même pas à faire oublier le chant des grenouilles. Le soleil décline déjà sur l’horizon derrière le cèdre quand sonne l’heure de la brioche et des jus de fruits.

  • Prochain rendez-vous au jardin

Le prochain rendez-vous est fixé au dimanche 10 mai. Au programme : la calligraphie à l’argile, avec la terre rouge du volcan, par Bruno Nury, artiste multidisciplinaire. Ces animations destinées aux familles avec des enfants à partir de six ans sont gratuites, mais l’inscription préalable est obligatoire au 04 75 36 38 60 car le nombre de places est limité.

Pour en savoir plus :

Planning des rencontres "Artistes en herbe, tous au jardin !"

Lancement de la saison 4 de l'opération "Accueillons la nature au jardin !"

 

Texte et photos : Bruno Auboiron (EncreS en ScènE)

Pour aller plus loin

Mission suivie par

Elu référent : Raoul L'Herminier

Chargé de mission : Nicolas Dupieux

NDPatrimoine naturel et environnement

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Tél. : 04.75.36.38.60.
Portable : 06.19.21.68.34.

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